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22 Nov, 17

Déchêts

Aménagement des bassins versants : les compétences

 

Nous voici donc parvenus à la fin de cette série consacrée à la problématique des bassins versants (voir Haïti en Marche Vol. XXII, Nos. 38 – 44 et 47 – 52). Tout au long de ces 13 articles nous avons tenté de définir ce qu’est un bassin versant, de montrer l’importance d’avoir des bassins versants bien aménagés tant pour l’approvisionnement en eau de la population que pour éviter des catastrophes du genre de celles que nous venons de vivre aux Gonaïves ou à Cabaret, et de proposer des pistes d’interventions pour arriver à cet aménagement. Je ne sais s’il est utile de rappeler que tous ces articles peuvent être retrouvés sur le site www.etheart.com.

 

Dans ce dernier article nous voulons aborder un problème de la plus haute importance, dont la solution est cruciale pour la mise en œuvre d’une politique efficace d’aménagement des bassins versants, à savoir celui de l’identification de l’instance qui, au niveau de l’Etat, aura la responsabilité de cette mise en œuvre.

 

En effet, la semaine dernière (voir Aménagement des bassins versants : les pré-requis, Haïti en Marche, Vol. XXII, No. 52), nous avons parlé du PITDD (Programme d’Informations Territoriales pour le Développement Durable), dont la mission est de déterminer, à partir d’applications concrètes, la méthodologie à utiliser dans les études préparatoires à la mise en œuvre d’un projet d’aménagement de bassin versant. Mais le PITDD, n’a pas pour vocation de s’engager dans un programme d’aménagement, la méthodologie qu’il aura développée sera mise à la disposition de l’institution (ou des institutions) qui, elle(s), a (ont) pour mission l’aménagement des bassins versants. Et c’est là que commencent les difficultés.

 

Pour exposer le problème, nous allons laisser la parole à quelqu’un qui a travaillé dessus et qui est certainement plus compétent que moi, je veux parler de l’agronome Roosevelt Saint Dic. Dans un document qu’il a préparé pour le Groupe de Technique sur l’Agriculture, un groupe de réflexion mis en place par le ministre François Séverin, document intitulé Relance du Secteur Agricole 2008-2020 – Investissements Publics et Infrastructures, Mars 2008, au chapitre consacré à La question institutionnelle, nous lisons :

 

Au niveau macro, comme au niveau micro la situation est complexe. Au MARNDR il y a le Programme National de Gestion des Bassins Versants (PNGBS) ; au MDE, il y a le Programme National de Réhabilitation de l’Environnement (PRE). Dans le document présentant ce dernier programme, il est écrit ce qui suit :

 

« Le BME, organisme autonome sous la tutelle du Ministère des TPTC, est responsable du développement, de la gestion et de la conservation des ressources énergétiques de la République d’Haïti.…Il en est même du Ministère de l’Environnement, responsable de la définition et de l’application de la politique du pays en la matière….

 

La mise en œuvre du PRE, du fait que ce Programme concerne directement plusieurs ministères (MDE, MARNDR, MTPTC), risque d’entraîner des tiraillements nuisibles à  l’atteinte de ses objectifs. Il convient donc que ce Programme soit conduit par une Unité para étatique ayant une expérience dans la gestion  de programmes d’envergure similaire, en mesure d’assurer les arbitrages nécessaires et la coordination avec toutes les autres institutions qui, à un titre ou à un autre, devront apporter une contribution à la réussite du PRE ».     

 

 

 

 

Autrement dit, la gestion des bassins versants se retrouve tiraillée, pour reprendre le terme de Roosevelt saint Dic, entre trois ministères : le ministère de l’Agriculture, MARNDR, le ministère de l’Environnement, MDE et le ministère des Travaux Publics, MTPTC, auxquels il faudrait ajouter, si on veut être complet, et si on veut tenir compte de l’aménagement des bassins versants, le ministère de la Planification et de la Coopération Externe, MPCE, responsable de l’Aménagement du Territoire.

 

Depuis la sortie du travail de Saint Dic, il y a du nouveau. En effet, au mois de décembre, le Premier Ministre Michèle Pierre Louis a créé une commission interministérielle de l’aménagement du territoire et de la gestion des bassins versants qu’elle préside elle-même. Je ne dispose pas encore du texte portant création de cette commission, mais j’ai eu l’occasion de le voir et d’y jeter un coup d’œil. On pourrait penser qu’avec cette commission on arriverait à une unification  du commandement, si je peux m’exprimer ainsi, qui mettrait fin aux tiraillements. Mais j’ai un problème.

 

En effet, le Moniteur du 26 janvier 2006 publie un Décret portant sur la Gestion de l’Environnement et de régulation de la Conduite des Citoyens et Citoyennes pour un Développement Durable. Ce décret, signé le 12 octobre 2005, parle du Système National de Gestion de l’Environnement (SNGE), qui est constitué d’un réseau d’organes de gestion de l’environnement (Article 14), dont le premier cité (Article 15) est un Conseil Interministériel sur l’Aménagement du Territoire et l’Environnement (CIMATE) qui est composé :

∙          du Premier Ministre, qui en est le Coordonnateur ;

∙          du Ministre charge de l’Environnement et du Ministre chargé de l’Aménagement du Territoire qui en sont les Secrétaires Exécutifs, chacun en ce qui le concerne ;

∙          des Ministres compétents selon les dossiers à l’ordre du jour (Article 16).

 

Comme je l’ai déjà dit, je n’ai pas encore le texte du document portant création de la commission interministérielle de Madame Pierre-Louis ; je n’ai non plus pas encore eu l’occasion d’en parler avec quelqu’un ayant la compétence nécessaire afin de savoir s’il s’agit d’une mise en application du décret du 12 octobre 2005, mais quand on connaît le sort réservé par le gouvernement de Jacques Edouard Alexis à tout le travail législatif réalisé sous le gouvernement de Gérard Latortue, on peut en douter.

 

Je souhaite que mes craintes ne se révèlent pas fondées, car si c’était le cas, ce serait parfaitement désolant. Dans un pays où pratiquement tout est à faire, on ne peut pas s’attarder à des considérations, que j’ai envie de traiter de mesquines. Ce n’est pas que je porte Gros Gérard dans mon cœur ; il m’a donné suffisamment de problèmes dans l’Artibonite pour que je ne lui garde pas une vieille dent, mais, « rayi chen, di dan l’ blanch », j’estime qu’il a apporte quelques contributions à la construction d’un état moderne, je pense, par exemple à la législation sur la décentralisation et le développement local, et, ne serait-ce qu’au nom de la continuité de l’Etat, on ne peut pas les balayer d’un revers de la main.

 

 

Bernard Ethéart

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Haïti en Marche, Vol. XXIII, No. 1,

du 28 janvier au 3 février 2009