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18 Aug, 17

CPH

 

Débat

Développement Durable

Domaines

Environnement

Mise en œuvre

Mélodie and company

 

Emission du

29/03/07

Invités

Philippe Bécoulet

Thème

L’expérience du CPH dans la distribution de l’eau potable

 

Transcription

 

Bernard

Le 15 mars nous avons eu une émission avec Camille Bissereth sur la foire écotouristique et de production de San Francisco de Macoris, le 22 nous voulions faire une émission sur l’eau, le 22 mars étant la journée mondiale de l’eau. Mais nous avons eu une panne d’électricité ; nous essayons donc de la reprendre aujourd’hui.

Notre invité est Philippe Bécoulet, un haïtien d’adoption – je ne sais pas depuis combien de temps il vit en Haïti. Philippe est actuellement coordonnateur général d’une ONG très active dans le domaine de l’adduction et de la distribution d’eau potable, le Comité PROTOS Haïti.

Philippe bonsoir.

Philippe

Bonsoir Bernard. Je suis en Haïti depuis 1979 et à partir de 1984 je suis rentré dans le secteur ONG et j’y suis encore.

Bernard

Tu as commencé avec quelque chose qui s’appelait gTIH.

Philippe

C’est cela, le groupe de technologie intermédiaire d’Haïti, et j’y suis resté jusqu’en 2001. Mais à l’époque je travaillais en milieu urbain, tandis que maintenant, après un aller-retour à l’étranger, en Guyane, me voilà travaillant en milieu rural avec CPH dont j’avais été antérieurement trésorier.

Bernard

C’est cela, tu représentais le gTIH au CPH et c’est ainsi que tu avais ce job abominable de trésorier.

Mais dis nous, le CPH c’est quoi. Souvent on me demande ce que c’est que PROTOS ; je sais que c’est l’abréviation d’un mot belge qui compte au moins 45 lettres et qui se termine par « zamenwirken » dont je peux me rappeler parce que c’est proche de l’allemand.

Philippe

C’est du flamand. PROTOS est une ONG qui a démarré en Haïti avec des prêtres.

Bernard

Oui, il y a, sur le Plateau Central, tout un groupe de prêtres qui font partie d’une congrégation belge, les Pères de Scheut. Ils ont donc des parents en Belgique à qui ils demandent souvent de l’aide pour leurs paroissiens, et souvent il s’agissait de construire des systèmes de distribution d’eau potable. Cela est devenu systématique, au point qu’il s’est créé, en Belgique, cette ONG appelée PROTOS.

Maintenant cette ONG avait besoin d’un correspondant en Haïti, et c’est ainsi qu’a pris naissance le Comité PROTOS Haïti qui a évolué jusqu’à devenir une ONG de droit haïtien. Et ça, c’est mon œuvre. En effet je suis rentré au CPH en janvier 88, et c’est moi qui, en tant que président du CPH ai entamé le processus d’haïtianisation du CPH. Je voulais rester dans la logique de ce que nous disions alors à l’InterOPD, à savoir que les représentants des ONG étrangères en Haïti devaient avoir une certaine autonomie vis-à-vis de la « maison mère ». Comme nous prônions cela dans la législation que nous voulions faire passer, il fallait bien que je commence chez moi. Tout le monde n’a pas aimé cela, mais finalement cela marche.

Philippe

Cela marche, et dans le même temps PROTOS est devenu une ONG internationale, qui travaille dans plusieurs pays d’Amérique Latine et d’Afrique ; mais il garde toujours une très forte attache avec Haïti, car c’est là qu’il a pris naissance.

De notre côté, nous ne travaillons pas seulement avec PROTOS, mais nous gardons des relations privilégiées avec lui.

Bernard

Les auditeurs auront compris que je suis un membre du CPH, et que, s’agissant d’eau potable, j’aie tout de suite pensé à lui.

Nous sommes donc sous l’égide de la journée mondiale de l’eau, le 22 mars, selon une décision prise en 1992 ; et pour cette année la célébration est placée sous le thème : Faire face à la pénurie d’eau. On prévoit que d’ici quelques années le monde n’aura plus d’eau potable. As-tu reçu cette lettre datée de 2070 ? c’est une présentation sur power point où on voit la situation qui résulte de nos inconséquences ; c’est abominable ! Et la lettre se termine sur le constat : si on avait su, on se serait conduit autrement.

Il y a donc un problème, les perspectives sont très sombres, et pour Haïti ce n’est pas mieux.

L’Université Quisqueya a organisé à l’occasion de la journée mondiale de l’eau un colloque de deux jours sur le thème : faire face à la pénurie de l’eau ; ceux que cela intéresse peuvent aller voir dans le Nouvelliste du 22 mars, il y a un article sur ce colloque.

Maintenant Philippe peux-tu nous dire comment se pose concrètement ce problème sur le terrain ?

Philippe

En Haïti on n’a pas le niveau de problème qu’ont, par exemple les pays de Sahel. Nous avons de l’eau.

Bernard

Mais il y a des tas de gens qui disent qu’on n’en a pas.

Philippe

Il faut différencier. Quand on regarde le DSRP (Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté), on voit que la Grande Anse, qui bénéficie de la meilleure pluviométrie du pays, est la zone qui a le moins d’infrastructures en matière d’eau potable. Le problème n’est pas un problème de réserves, c’est un problème d’infrastructure, et de gestion.

Je ne parle pas de Port-au-Prince.

Bernard

Eh oui ! quand tu parles du DSRP, je ne suis pas un pauvre, mais je ne reçois pas beaucoup d’eau.

Philippe

Il n’y a que 10 % des ressources qui sont captées et canalisées.

Bernard

La FHE (Fondation Haïtienne de l’Environnement) a organisé un atelier sur l’eau au cours duquel Pierre Adam a dressé un bilan de la situation de Port-au-Prince, et c’est très grave, le nombre de sources qui sont actuellement taries ou polluées.

Philippe

Je ne parlerai pas de Port-au-Prince, parce que justement nous ne travaillons pas sur Port-au-Prince. Nous ne travaillons pas en milieu urbain ; nous travaillons sur des systèmes en milieu rural et qui sont gérés par des associations. C’est une autre problématique que dans les villes, où la CAMEP, pour Port-au-Prince, le SNEP pour les villes de plus de 5.000 habitants, font la gestion.

Quelle gestion ? c’est une autre question. Le problème que nous avons c’est la protection de la ressource puisque on a fait des adductions, mais, en fait, on a capté des sources polluées.

Bernard

Je me souviens, il y a un an, celui qui était dans ce job avant toi disait : on donne de l’eau propre, mais ce n’est pas de l’eau potable.

Philippe

C’est de l’eau claire ; en fait on dit que c’est de l’eau courante, qui sort avec force du tuyau, mais pour ce qui est de la boire, c’est autre chose.

Bernard

De toute façon, moi j’ai résolu le problème : je ne bois pas d’eau.

Philippe

Si tu te souviens, il y a quelques années, la CAMEP avait un laboratoire et sortait régulièrement un bulletin qui donnait une estimation de la qualité de l’eau de chaque source.

Bernard

Oui, et le bulletin disait : celle-là est bonne, celle-là n’est pas bonne, ne la donnez pas aux enfants… finalement il n’y en avait pas une qui était bonne.

Philippe

Non, je ne crois pas ; mais maintenant il n’y a pas de bulletin et je crois qu’on ne peut pas boire l’eau de la CAMEP.

Bernard

Ce qui est grave, c’est que selon Adam, même parmi les fameuses eaux traitées il y en a beaucoup qui ne sont pas bonnes non plus.

Philippe

Bon, je n’irai pas jusque là ; je ne sais pas quelles sources il a ; mais c’est grave, car c’est cette eau que nous consommons. Avec toutes les méthodes qu’ils utilisent, osmose inverse etc, je crois que cela doit être correct. Mais y a-t-il un contrôle sanitaire ? c’est ce qui devrait se faire.

Bernard

Il parait que cela a été fait.

Philippe

Et on n’a pas fermé ces compagnies ! Il y a un problème de suivi. On a le même problème avec les markets …

Bernard

et avec les médicaments

C’est le résultat du laisser-aller général. J’entends le Directeur Général de la Santé Publique dire : de toutes les pharmacies qui sont en face de l’hôpital général, trois seulement sont légales. Depuis le temps on aurait pu faire quelque chose.

Philippe

Si on veut parler de système d’adduction d’eau potable en milieu rural, nous terminons en ce moment la réhabilitation du système de Camp Perrin qui prend l’eau de quatre sources.

Bernard

Où prenez-vous l’eau ? est-ce que l’une des sources n’est pas du côté de Catiche ? moi, en tant que président du CPH, j’ai inauguré une fontaine sur le plateau ; j’ai goûté l’eau et j’en ai été malade pendant une semaine : je ne digère pas l’eau, on ne me croit pas, mais c’est vrai.

Philippe

Ce qui est important c’est de savoir si l’eau était bonne ou pas. Cela devait être en 1996-1997.

Bernard

Non, avant cela, je n’étais pas encore à l’INARA.

Philippe

Il y a 3 ou 4 sources qui alimentent le système, mais je ne sais plus les noms.

Nous avons utilisé le laboratoire de Quisqueya pour faire analyser l’eau. Il n’y a pas de pollution chimique, bien sûr, mais une pollution par les matières fécales. Car si éloignée que soit la source, il y a du monde, il y a des animaux.

Donc nous entrons dans une activité que nous n’avions pas autrefois : la protection des sources. Nous ne le faisons pas seuls, mais en partenariat, car c’est un autre type d’activité.

Mais le problème est que nous donnons une eau qui est courante, mais qui n’est pas potable. Quand nous avons vu les résultats des examens du labo, nous nous sommes demandés : que faire ? car c’est une grave responsabilité.

Nous faisons donc de la prévention. Nous n’utilisons pas les hypochlorites comme la CAMEP. Nous sommes en milieu rural et toute l’année, chaque jour, il doit y avoir quelqu’un qui fait le contrôle. Si on ne peut garantir cela il vaut mieux ne pas le faire, on met la vie des gens en danger. Nous prônons un système en aval, avec des séminaires, des programmes de radio …

Bernard

Vous avez informé les gens du problème ?

Philippe

Oui, nous avons fait une grande restitution en AG et c’est quelqu’un de Quisqueya qui est venu donner les résultats.

On a pris un hygiéniste, car il y a tout un travail à faire au niveau de l’hygiène, pas seulement de l’eau ; et nous avons lancé le traitement individuel.

Bernard

Il y a différentes techniques ; on peut chlorer, faire bouillir ; qu’est-ce que vous avez choisi ?

Philippe

Faire bouillir, avec le problème d’énergie que nous avons en Haïti !

Bernard

Tu envoies les gens couper encore plus d’arbres.

Philippe

Tu comprends. Il vaut donc mieux utiliser les pastilles.

Bernard

Oui, mais il faut les acheter.

Philippe

Oui, mais c’est quand même assez utilisé ; ce n’est pas trop cher et cela donne une certaine garantie sur la qualité de l’eau.

Bernard

CPH était engagé dans 2 ou 3 expériences urbaines, Hinche …

Philippe

Belladère ; mais il y a le problème de la compétence du SNEP. Le SNEP s’occupait des villes de plus de 5.000 hab. Mais maintenant il y a des villages qui atteignent les 5.000 hab.

Il y a une loi qui va sortir. Il faut dresser la liste des villes que le SNEP va gérer.

Bernard

Mais j’ai entendu dire qu’on allait fermer le SNEP.

Philippe

On y reviendra.

Bernard

Il y a eu aussi une expérience à Belle Anse. Il y avait des rapports très bizarres. Mais laissons cela. Nous parlions du problème de la qualité de l’eau et des mesures à prendre, éducation de l’utilisateur.

Mais il y a aussi la gestion ; est-ce que vous devez par exemple avoir des tours, comme la CAMEP doit de faire ?

Philippe

Cela dépend ; par exemple, quand on est à l’étiage, pour permettre au réservoir de se recharger ; mais, par exemple, à Camp Perrin, il n’y a pas de coupure ; on peut donner de l’eau tout le temps.

Mais quand nous parlions de gestion tout à l’heure, c’était de la gestion technique. Un système a été construit, il se dégrade ; il faut gérer pour qu’il continue à marcher, et puis l’eau n’est pas gratuite.

Ça c’est l’un des grands débats actuels. Tu connais tes haïtiens : l’eau, c’est le bon dieu qui la donne, donc elle est gratuite ; sauf qu’il faut la faire arriver au robinet.

Actuellement, il y a tout un travail qui se fait par la BID et le SNEP pour essayer d’identifier les systèmes à construire.

Il y aura tout un travail d’ingénierie sociale et il y aura des systèmes à construire, donc il y aura une phase d’investissement.

Mais pour nous le problème, par exemple à Camp Perrin, nous avons fini de construire, nous allons partir, dans un mois, il faut laisser une structure qui va gérer le système.

Cela veut dire, collecter l’argent, engager du monde dans ce bureau qui va gérer, employer des techniciens, employer des animateurs/trices qui vont faire toute la prévention … Donc il y a tout un personnel, même s’il ne travaille pas chaque jour, mais qui est attaché au système.

Il faut donc que le système soit rentable, sinon il va dépérir. Nous construisons un système pour 20 ans, mais s’il n’y a pas d’entretien, si on ne contrôle pas le piratage, si on ne veille pas à ce qu’il n’y ait pas de conflits, car il peut y en avoir entre les gens d’en haut et ceux d’en bas, on aura 5 à 6 ans de fonctionnement.

Bernard

Tu parles de Camp Perrin, qui vient à peine d’être achevé, mais il y a tous les autres systèmes que le CPH a construits antérieurement, comment cela marche-t-il ? quelle est l’expérience du CPH ?

Philippe

On avait mis en place un programme d’hydraulique villageoise dont le contenu est la mise en place d’un fonds et un accompagnement en matière d’ingénierie sociale, c'est-à-dire renforcement des structures de gestion. E définitive, on a besoin, dans les types de structures comme les CAEP ou CAEPA que le SNEP a choisi pour gérer l’eau, d’un appui presque constant.

Je n’ai pas encore lancé l’étude sur tous les systèmes que nous avons construits, mais Helvetas dit qu’il y a 40 % des systèmes qu’ils ont construits qui continuent à fonctionner plus ou moins correctement.

Nous n’avons pas encore fait cette étude, mais nous avons mis en place un programme, parce que nous savons que si nous n’intervenons pas, tôt ou tard cela va tomber. Sauf que c’est léger, ce n’est pas un gros programme, car tout ce qui est en place, même s’il y a des différences, cela fonctionne à 50 % plus ou moins. C’est tout l’objet de la réforme qui arrive : comment améliorer la gestion de l’eau.

Bernard

Avec quoi finance-t-on cela ?

Philippe

Nous sommes une ONG, tous les fonds que nous utilisons sont des subventions externes, bien entendu, je le dis parce que l’Etat pourrait bien financer une partie. Dans le cadre de la loi sur les ong que nous proposons, on prévoit que l’Etat devrait financer une partie des investissements des ONG. Mais nous savons dans quelle situation est l’Etat en termes de recettes, budget, déficit … je ne crois pas qu’on puisse parler des investissements que l’Etat pourrait faire au niveau des ONG. Il fait beaucoup d’investissements en matière d’infrastructures : route, électricité etc. … mais il faudrait qu’un jour il arrive jusqu’à notre niveau : niveau communale, si on veut, où il y a des infrastructures qui sont faites et dont la commune est le maître d’ouvrage.

Bernard

Oui, il y avait quelque chose à ce niveau ; comment est-ce que cela fonctionne ? en principe, quand le système est fini, c’est la commune qui en est responsable.

Philippe

Il y a un avant-projet de loi qui est à peine introduit au parlement. Cela ressemble au projet de loi de 96.

Il y a quelque chose de drôle pour moi qui ai passé quelque temps à l’extérieur. En 95-96, on était sous Préval I, il y avait des tas de lois en préparation …

Bernard

Je fais une parenthèse : ce matin j’y pensais ; il y a des situations que je rencontre sur le terrain qui sont les mêmes …

Philippe

qu’il y a dix ans …

Bernard

que quand Préval était là la première fois.

Est-ce Préval qui a provoqué cela ?

Philippe

Je ne crois pas. On a demandé à la société civile de participer à l’élaboration d’une série de lois. Mais, à partir de la démission du gouvernement de Rosny Smarth, on est sorti des rails de la Constitution, et c’est avec Préval II qu’on revient sur ces rails et que l’on reprend les travaux entamés à l’époque. J’espère que nous ne serons pas de nouveau renvoyés à 10 ans.

Il y a ce qu’il faut pour faire le travail. Mais, une association qui gère l’eau a besoin de la personnalité juridique, par exemple, pour ouvrir un compte en banque ; actuellement elle ne peut pas le faire, il n’y a pas de loi sur les associations.

Il y a tout un tas de choses à faire pour structurer la société.

En ce qui concerne la loi sur l’eau, si on veut le SNEP va disparaître, mais il sera remplacé par une autre structure, toujours du secteur publique, et on va décentraliser. On a l’idée de déconcentrer le SNEP, qui s’appellera Direction Générale de l’Eau Potable et on va créer des OREPA. Le pays sera divisé en 4 régions. On pense la décentralisation de manière pragmatique.

Comment financer tout cela ? au lieu de créer des quantités de bureaux, on va faire appel à des opérateurs. Il y a un risque de dérapage, en matière de privatisation de l’eau ; il faudra y faire attention ; mais il y a une volonté d’être plus efficace.

Bernard

Philippe, tu es français ; j’ai entendu parler de grandes sociétés françaises …

Philippe

la Lyonnaise des Eaux

Bernard

Voilà, et qui passent des contrats avec un pays pour gérer l’eau ; comme cela marche ?

Philippe

La loi dont je parle envisage tous types de contrat. L’Etat haïtien va faire les investissements, par exemple pour Pétionville, qui semble être prioritaire ; déjà ils savent qu’ils vont passer des contrats avec une société privée qui va gérer l’eau pour l’Etat.

C’est une façon de dire que l’Etat est mauvais gestionnaire, donc si on trouve une entreprise qui peut gérer

Bernard

Sauf que l’entreprise sera toujours une entreprise étrangère

Philippe

Cela dépendra du type de contrat de gestion. S’il faut investir, il y a tout un savoir-faire, mais on peut penser à des joint ventures.

Mais là il s’agit de systèmes urbains, tandis que nous sommes dans les zones rurales.

Nous avons des associations d’usagers, mais on prévoit qu’elles pourraient devenir les maîtres d’ouvrage délégués et que la gestion sera confiée à quelqu’un qui peut le faire, un commerçant … mais je reconnais qu’il peut y avoir des dérapages, des glissements …

Mais il y a toute une réflexion, et les responsables ont envie d’essayer plusieurs formules pour voir laquelle sera la meilleure. Ils veulent que la plateforme de l’eau potable soit leur interlocuteur

Bernard

Cette plateforme existe encore ?

Philippe

Elle avait cessé de fonctionner en 2003 ou sous les intérimaires, mais nous voulons la relancer, car elle mettra tous les opérateurs en semble, et il est préférable que les TPTC aient un seul interlocuteur.

Il y a donc beaucoup de réflexion. Quand les CAEPA fonctionnent, on peut travailler avec eux, mais c’est du bénévolat, et il est difficile de fonctionner dans ces conditions

Bernard

Si le CAEPA devient maître d’ouvrage et prend un maître d’œuvre, par exemple un commerçant, celui-ci ne va pas travailler gratis.

Philippe

Evidemment, et c’est pour cela que cela doit devenir rentable.

Dans le milieu rural il y a beaucoup de systèmes qu’il faudra gérer ; et c’est là que se pose le problème du regroupement des systèmes et du rôle de la mairie.

A terme, on veut que la commune prenne en charge la gestion de l’eau potable. Mais c’est un processus. Au départ les OREPA vont passer des contrats de gestion.

Bernard

Mais comment cela peut-il être rentable ? la CAMEP est en faillite !

Philippe

Concernant la commune, on rentre dans la décentralisation. On intègre les maîtres d’ouvrages en semble et on va gérer l’eau avec des opérateurs.

Actuellement, à Camp Perrin, le CPH est maître d’œuvre pour le SNEP qui est maître d’ouvrage. Par la suite, le SNEP remettra le système à la mairie.

Actuellement les CAEPA sont maîtres d’œuvre pour la gestion, toujours pour le SNEP.

Bernard

Bientôt le maître d’ouvrage sera la mairie ; et c’est là que j’ai un problème. Est-ce qu’on va leur donner une formation ?

Philippe

Bien sûr. Je vais te donner un autre exemple. Le CAEP est une association. Il va y avoir une loi qui lui donne la personnalité civile.

Bernard

Le jour où cette loi viendra …

Philippe

on fera une fête. Les associations auront à déposer leur dossier à la mairie ; mais quand on voit le nombre d’associations, on se demande si les mairies seront en mesure de recevoir et d’analyser tous ces dossiers. Il y aura donc des dispositions transitoires. Peut-être le MAS pourra-t-il donner un appui. Mais on ne dit pas combien de temps va durer cette période transitoire ; cela pourrait être 20 à 30 ans.

Bernard

Le problème est que, quand on dit mairie, je commence à trembler. Ce matin j’ai entendu un message à la radio à propos de l’article 74 de la Constitution. C’est celui qui dit que les conseils municipaux sont gestionnaires privilégiés des terres de l’Etat situées dans leur commune. Le résultat est que chaque maire, en arrivant à son poste, n’a rien de plus pressé que de vendre les terres de l’Etat et d’empocher l’argent. Et ce sont ces maires qui vont gérer l’eau !

Philippe

Il faudra donner un accompagnement, une formation des élus ; et ce sont des fonctionnaires locaux qui vont assurer la continuité ; il faudra un budget qui permette de les payer.

Bernard

Actuellement, il n’y a pas beaucoup de personnel.

Philippe

Il faut voir où on peut assister les mairies ; c’est le développement local ; et les ONG devront travailler dans le cadre d’un développement communal ; elle devront savoir quels services elles peuvent donner, comment elles peuvent s’organiser.

Bernard

Si je peux résumer

  1. pour commencer, ce n’est pas la catastrophe ; il y a de l’eau, il suffit d’aller la chercher

  2. pour la gestion, tu as l’ai assez optimiste, moi je le suis moins ; mais de toute manière, quelque soit le choix, il y a des problèmes. La gestion démocratique n’est pas facile, mais la gestion autoritaire n’est pas mieux.

Philippe

Il faut voir cela globalement ; l’eau potable n’est qu’un aspect.

Bernard

J’y pensais ; je vais aller chercher quelqu’un qui pourra parler de l’irrigation.

Philippe

C’est le même problème de gestion. Il y a une obligation de gestion. C’est très structurant. On parlait tout à l’heure du GTIH qui travaillait dans les quartiers populaires. Ce sont des projets sérieux, mais il n’y a pas d’enjeu ; si tu crées une système, tu as une obligation de résultats.

A Cavaillon, il y a un système, mais il ne fournit a pas d’eau ; apparemment il y a un conflit ; ce qui veut dire qu’il n’y a pas un problème d’infrastructure mais un problème de gestion.

Il y a aussi un problème de penser les infrastructures. Par exemple, à Camp Perrin, il faut tenir compte qu’il y a les gens de « En haut Camp » et ceux de « En bas Camp ».

Bernard

C’est comme dans l’irrigation. On connaît le cas de Casale qui est en conflit avec les gens de la plaine de Cabaret pour une question d’eau. Je connais aussi le cas du système de Bois Neuf.

Philippe

Il faut donc que tout le monde se mette ensemble.

Cette obligation de résultats est très intéressante ; elle a même une fonction pédagogique ; elle oblige les gens à travailler, à respecter le fonctionnement démocratique, à gérer …

Bernard

Est-ce que cela fonctionne comme cela déjà sur le terrain ?

Philippe

Il y a de gros problèmes. On met trois ans pour construire les infrastructures, mais c’est seulement 2 à 3 mois avant la fin qu’on entreprend un programme de formation ; et encore, pour la formation à la gestion il faut que le système soit achevé et fonctionne. On a donc construit le système, mais on n’a pas le temps d’accompagner les gens dans la gestion. C’est pourquoi nous avons pris la décision de prolonger les projets d’un an pour donner l’accompagnement en ingénierie sociale.

Bernard

Quelle est la participation des gens dans la construction, la mise en place du système ?

Philippe

J’ai toujours eu des problèmes avec la participation communautaire ...

Bernard

je vais te dire pourquoi je pose la question …

Philippe

on a des boss, des journaliers … et, selon le type d’ouvrage, on peut faire appel `a un entrepreneur ou utiliser la main d’œuvre locale. Donc cela donne du travail, les gens touchent, mais donne quand même une certaine contribution.

Bernard

Je parle à cause de mon expérience personnelle à Croix Fer. Le résultat est que la gestion se fait, pas comme nous l’avons prévu, mais elle se fait.

Philippe

Il y a un effet pervers. En effet quand il s’agit de payer l’eau, ceux qui avaient travaillé à la construction ne sont plus d’accord pour payer.

Nous sommes dans une économie de marché. L’esprit du konbit n’est plus là, même si j’aimerais qu’il soit encore là.

Bernard

En tout cas, j’ai quelqu’un qui va venir parler d’irrigation, je vais voir ce qu’il dira à ce sujet.

Philippe

Il ne faut pas laisser l’esprit néo-libéral de marché tout envahir ; là où c’est possible, il faut préserver l’esprit communautaire, surtout en milieu rural. Il ne faut pas que le marché détruise la solidarité.

Bernard

Tu as soulevé des questions importantes ; il faudra y revenir.

En attendant, jeudi prochain, c’est jeudi saint, le jeudi d’après nous aurons Alain Thermil qui nous parlera d’irrigation.

 

 

 

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CPH - lundi 8 octobre 2007