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22 Nov, 17

La CNSA

Emission du

12/08/08

Thème

La cnsa

Invités

Gary Mathieu

Jean-Marie Binette

 

Transcription

 

Bernard

Je ne sais pas si vous vous souvenez, la semaine dernière, lors de la première émission après mon retour de vacances, j’esquissais une sorte de programme pour le reste de l’année 2008 et j’avais énuméré quelques thèmes qui pourraient être abordés. L’un de ces thèmes concernait les mesures à prendre face à ce complexe de questions liées aux « émeutes de la faim ».

Nous avions eu la proposition de la FONHDILAC, puis nous avons reçu deux membres du Forum Agricole Goâvien, j’ai brièvement parlé du sommet de la FAO, qui s’était tenu à Rome, nous avons reçu des membres du l’Association des Paysans de Boucassin, et j’avais dit que nous reviendrons sur cette problématique.

Cet après-midi nous avons un personnage clé d’abord du fait qu’il est ce qu’on appelle en anglais mon « landlord », car c’est lui qui permet à l’INARA de faire « la descente » dans l’immeuble où nous sommes logés, mais surtout l’agronome Gary Mathieu est le coordonnateur de la CNSA (Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire). Autrement dit, il  est au centre de tout ce qui se fait dans le domaine de la sécurité alimentaire, de la lutte contre la faim.

Il est accompagné de quelqu’un que nous connaissons déjà ; Jean-Marie Binette, agronome mais aussi juriste, était venu nous parler du droit environnemental haïtien face aux avancées du droit international. Aujourd’hui il nous vient avec un autre point juridique : le droit à l’alimentation.

Mais avant de parler de la CNSA, Monsieur le coordonnateur, la sécurité alimentaire, qu’est-ce que c’est ?

Gary

Selon la FAO, on est en situation de sécurité alimentaire quand la population trouve des aliments en quantité et en qualité pour satisfaire ses besoins. La sécurité alimentaire est un concept qui repose sur quatre piliers :

1.       la disponibilité, ce qui suppose d’abord la production nationale, mais aussi les importations commerciales et l’aide alimentaire ;

2.       l’accessibilité, ce qui suppose que le consommateur ait les moyens d’acheter les aliments, référence au pouvir d’achat, donc aux revenus, d’où la relation entre sécurité alimentaire et pauvreté ;

3.       l’aspect nutritionnel ;

4.       la stabilité.

Mais la disponibilité est liée à une série de facteurs. Récemment le responsable du PAM (Programme Alimentaire Mondial) me disait qu’il avait $ 400 millions pour acheter du riz ; mais ce riz venait d’Asie, et il fallait $ 7 millions rien que pour le transport.

Binette

Quand on considère l’aspect nutritionnel, il faut tenir compte de deux aspects :

1.       l’aliment est sain, il n’est pas porteur de germes de maladie ;

2.       le consommateur est en mesure de tirer profit de l’aliment.

Gary

Il y a une précision à porter. Le problème de l’insécurité alimentaire ne se pose pas partout de la même manière. Dans les pays de la Caraïbe, ils n’ont pas de problème de disponibilité ; leur problème, c’est l’obésité. L’insécurité alimentaire pour eux c’est l’aspect nutritionnel. Même chose en République Dominicaine.

Binette

Quand on parle de disponibilité, il faut tenir compte de la culture nationale. Si tu prends un musulman et que tu lui présente un plat de griot de porc, il y a disponibilité …

Bernard

… mais il ne va pas manger.

Binette

Culturellement il faut qu’il y ait l’acceptation de l’aliment disponible. En Haïti, on constate un changement dans les habitudes alimentaires. Et quand nous parlons de droit à l’alimentation, nous parlons de ces agressions contre la culture.

Bernard

Quand tu as donné l’exemple du PAM, j’ai pensé à cette ONG qui avait reçu une offre d’équipements gratis, mais il fallait payer le transport.

Nous essayons de faire une émission décontractée, aussi nous arrive-t-il de taquiner nos invités : Monsieur le coordonnateur, tu me parles de sécurité alimentaire, mais j’ai des amis qui ne veulent pas entendre parler de sécurité alimentaire, pour eux, l’objectif c’est la souveraineté alimentaire. Comment réagis-tu à cela ?

Gary

La sécurité alimentaire, comme nous l’avons décrite, c’est la grande panacée. La souveraineté alimentaire est le fait de pays qui ont développé la capacité de produire leur propre alimentation.

Prenons les pays du Golfe Persique. Ils ne peuvent produire leur alimentation, mais ils n’ont pas d’insécurité alimentaire, ils ont les moyens d’importer. Pour nous, nous cherchons à augmenter la disponibilité par la relance de la production nationale. Pour arriver à la souveraineté, il  faudrait augmenter la production nationale pour éliminer les importations. Mais  c’est un long cheminement, et on n’arrive jamais à la souveraineté totale, car il y a des aliments qu’on ne peut produire.

Il y a eu les changements dans les habitudes de consommation dont parlait l’agronome Binette. Cela a commencé dans les années 80, quand on s’est mis à consommer du riz en grande quantité, quand on s’est mis à importer des abats de volaille, et toute la libéralisation du commerce, dont nous payons aujourd’hui les conséquences.

Bernard

Je ne me souviens plus où j’ai entendu le slogan : mange ce tu produis, produis ce que tu manges.

La souveraineté alimentaire est surtout une attitude : ne venez pas modifier mes habitudes alimentaires, ne touchez pas à ma culture.

Il y a des choses choquantes ; à Miami, les haïtiens vous invitent et vous servent de la bouillie de blé, que je trouve abominable, mais surtout qui nous a été imposée par l’aide alimentaire

Binette

La souveraineté alimentaire ne veut pas dire qu’on ferme le pays aux importations. C’est un droit qu’a un peuple de choisir quel type d’aliments il veut consommer, quel type d’agriculture il choisit. A partir de là, on peut établir un système de protection – bien que le protectionisme ne soit plus à la mode – de la production agricole. On ne rejette pas le commerce des aliments, mais on ne rentre pas dans les grands principes du commerce international – OMC (Organisation Mondiale du Commerce) – pour éviter de subir le dumping des gros producteurs.

Gary

Mais il faut un état fort.

Bernard

C’est la fameuse volonté politique.

Binette

Et il faut que l’Etat mette en place les balises nécessaires, les instruments légaux, devant permettre à la production nationale de s’épanouir.

Bernard

Tu as ouvert la voie à toute une série de discussions ; je te signale que le protectionisme n’est pas si passé de mode que cela, vois les subventions à la production du riz aux USA.

Binette

Il n’y a plus de listes restrictives, il n’y a plus de contingentement, il n’y a plus de barrières tarifaires, mais il y a d’autres barrières, sanitaires et autres.

Gary

Je peux donner l’exemple du Japon qui met une taxe de 80 % sur le riz importé, alors que chez nous elle est de 3 %, et dans la région caraïbe elle tourne autour de 30-35 %.

Bernard

Le Japon a-t-il la possibilité de produire assez de riz pour nourrir son énorme population sur sa petite langue de terre ?

Gary

Le peu qu’ils produisent, ils le protègent.

Bernard

Nous avons plus ou moins défini la sécurité  et la souveraineté alimentaire et cela nous a mené à toute une discussion …

Binette

… on est parti pour plusieurs jours.

Bernard

Je me souviens de l’époque héroïque où nous menions la bataille contre le PPPADEP (Projet d’Eradication de la Peste Porcine Africaine et de Développement de l’Elevage Porcin) ; certains ont affirmé qu’il était faux que les cochons étaient malades, et que le projet était juste un moyen pour faire entrer de la viande de cochon et des abats de volailles dans le pays.

Binette

Ça c’est aussi un gros débat.

Bernard

Mais je voudrais aborder un autre point. D’après ce que je sais, bien avant la crise qui devait conduire aux « émeutes de la faim », la CNSA avait envoyé des signaux d’avertissement ; est-ce que je me trompe ?

Gary

Non, c’est exact. Depuis janvier 2008, nous avions fait une analyse de la situation alimentaire.

Jusqu’à la fin de l’année 2007, on avait eu des cyclones qui avaient affecté les zones de produc-tion, et surtout, nous avions perdu la campagne d’automne. Nous avions donc fini l’année avec un gros déficit de production et il n’y avait eu aucune intervention du gouvernement ou de l’Etat pour atténuer les effets des catastrophes ; canaux d’irrigation pas curés, pas de distribution de semences, pas de programme d’intrants qui permettraient aux agriculteurs de planter davantage. Et puis il y a eu la combinaison d’autres facteurs que nous ne contrôlons pas : hausse du prix du pétrole, hausse du prix des aliments à l’échelle internationale.

La CNSA a combiné tous ces facteurs et, dans la publication de janvier 2008, nous avons lancé un signal. Malheureusement Haïti est un pays où on n’aime pas lire, ou alors on ne lit que les informations à sensation. C’est donc passé inaperçu.

Nous avons renouvelé le signal en mars ; nous avons sorti une analyse prospective et des cartes, indiquant ce qui pourrait arriver en avril-mai. Nous avions un scénario pessimiste, et c’est malheureusement lui qui s’est réalisé.

Nous avons donc joué notre rôle d’informer le grand public, mais surtout les décideurs ; mais les mesures adéquates n’ont pas été prises.

L’autre mission de la CNSA est la coordination des interventions.

Bernard

Je voudrais reprendre en tenant compte des définitions données au début.

La situation était que la disponibilité était réduite, parce que le production était réduite, dans le même temps que l’accessibilité était réduite du fait de la montée des prix sur le marché interna-tional.

Gary

Nous avions une insécurité structurelle qui s’est aggravée suite à des causes conjoncturelles.

Bernard

Maintenant qu’est-ce qui se passe ?

Il y a eu une réunion en Amérique Centrale ; je crois que le Président Préval y a participé ; puis il y a eu le sommet de la FAO à Rome.

Gary

L’agronome Binette y a accompagné le ministre Séverin

Bernard

Puis il y a eu Madrid

Gary

Et on prépare un après-Madrid.

Binette

Il y a eu aussi une réunion au Nicaragua, puis au Honduras.

Gary

Non, le Honduras c’était avant-hier, c’était Pétro-Caribe.

Binette

Le 2 juin, en préparation au sommet de Rome, il y a eu une réunion sur Haïti, organisée par le ministre des affaires étrangères du Brésil, Celso Amaury

Gary

Ce qui est arrivé en Haïti a beaucoup frappé l’opinion internationale. Beaucoup de pays ont connu des émeutes de la faim, mais Haïti est le seul pays où elles ont fait tomber un gouverne-ment.

Appel

La sécurité alimentaire c’est bien, mais quand arriverons-nous à la souveraineté alimentaire ?

Gary

Nous ne sommes pas sur une mauvaise voie, dans la mesure où, après le coup de fouet des évènements du 12 avril, tout le monde se rend compte, tant au niveau national qu’au niveau international, qu’il n’y a pas d’autre solution que de relancer la production nationale.

C’est déjà un pas vers la souveraineté alimentaire. Et le document qui a été présenté à Madrid mentionne clairement la souveraineté alimentaire. La 1ère Ministre ratifiée a mentionné que nous avons perdu notre souveraineté sur deux points …

Bernard

… elle avait cité deux points, tous deux ayant à voir avec la sécurité :

          la sécurité alimentaire, et

          la sécurité tout court.

Gary

Il y a donc des efforts qui se font au niveau gouvernemental et il y a le plan du MARNDR qui est assez bien structuré. On est donc sur la route qui doit mener à la souveraineté alimentaire, mais l’auditeur doit comprendre que ce n’est pas pour demain, ni même à l’horizon 5 ans.

Appel

Quel mécanisme y a-t-il au MARNDR pour répondre aux problèmes ? par exemple au dumping du riz qui a commencé sous Henry Namphy ?

Bernard

Gay, c’est pour toi.

Gary

Même si je suis coordonnateur de la CNSA, qui est sous le tutelle du MARNDR, je ne parle pas pour le MARNDR.

Binette

Le ministère a préparé, avec l’appui de la FAO, un document de politique agricole d’Etat qui vise le long terme. Cependant il ne faut pas voir seulement le ministère, mais tout le secteur. Et il faut aussi faire appel à ceux qui font l’arbitrage budgétaire, les parlementaires, pour qu’ils donnent les moyens nécessaires.

Bernard

L’agronome Binette a élargi la perspective, mais on peut aller encore plus loin. Pour préparer cette émission, j’ai réuni une documentation qui révèle que ce n’est pas seulement Haïti qui a des décisions à prendre, c’est au niveau mondial. En Haïti, nous avons toujours cette hésitation entre agriculture vivrière et agriculture pour l’exportation, qu’on a tendance à favoriser, mais ce n’est pas le seul cas d’Haïti.

Toutes les grandes institutions financières ont encouragé l’agriculture d’exportation, l’agriculture pour l’agro-industrie, et maintenant, quand la catastrophe est arrivée, on se dit qu’il faudrait faire, comme le disait le Monde Diplomatique, une révision déchirante, et on se remet à parler d’agriculture vivrière.

Je pense que, comme d’habitude, nous allons voguer sur la vague d’une autre forme de mondialisation, et on aura peut-être une nouvelle politique agricole plus orientée vers l’agriculture vivrière, qui fournit des aliments à la partie de la population qui a le plus faible pouvoir d’achat.

Cela fait longtemps que je me bats pour cela, mais personne ne m’entend ; de toute façon, je ne suis pas agronome, donc je n’ai rie à dire. En tout cas, grâce à quelques centaines de milliers de dollars perdus dans les vitrines brisées de Delmas, on aura peut-être une politique agricole plus intelligente.

Appel

Je veux aller plus loin que le choix d’une politique agricole ; pour faire un choix, il faut une volonté ; cette volonté existe-t-elle ?

On parle depuis longtemps de relance de la production nationale ; mais que fait-on ?

Au départ, il y a un problème : la production agricole est importante, mais il n’y a pas qu’elle. De plus, on n’a pas les moyens nécessaires ; existe-t-il une banque pour financer le développe-ment ?

Gary

Dans le programme présenté à Madrid,  et qui est articulé autour de la sécurité alimentaire et le développement rural, on privilégie l’agriculture vivrière. C’est un programme assez coordonné, et pour une fois, les bailleurs de fonds acceptent que se soit le gouvernement qui coordonne les dépenses. Cela se présente sous forme d’appui budgétaire.

On verra ce qui se décidera lors le la conférence invitée par la France et le Canada et qui se tiendra en Haïti en octobre.

Bernard

Cette conférence d’octobre est-elle la suite de Madrid ?

Gary

Oui, Madrid ne devait pas traiter des propositions de financement ; on s’en tenait au cadre stratégique. En Haïti, on viendra avec des propositions de projets et on parlera de financement.

Bernard

Aura-t-on un gouvernement d’ici là ?

Gary

C’est une condition.

Appel

Il y a un autre problème. Si le pays donateur se trouve dans une conjoncture inattendue qui l’empêche de faire les décaissements prévus ?

Gary

C’est le problème de la stabilité, à tous les niveaux.

Appel

Et il y a le problème des carburants alternatifs. Si on imagine d’utiliser la production locale pour faire des bio-carburants ?

Bernard

Je ne sais pas ce qui est dans la tête des gens de Damien, mais je peux te rassurer, car il y a la possibilité de produire du bio-diesel sans concurrencer la production alimentaire.

Binette

L’auditeur a dit une chose importante : quand on parle de relance de la production nationale, tout le monde entend production agricole, mais il n’y a pas que cela ; il y a des tas d’autres productions à relancer : l’artisanat …

Appel

Tu te souviens des cordonniers qui étaient en face de l’Hôpital Général ? tu te souviens de la Beurrerie du Sud ?

Binette

Il y a un point où je ne suis pas d’accord ; le rôle de l’Etat n’est pas de créer des industries pour les passer ensuite au secteur privé ; le rôle de l’Etat est de créer les conditions pour que le secteur privé puisse investir.

Bernard

Binette a parlé de demander de compte, mais nous avons une mauvaise habitude de ne demander des comptes qu’à l’exécutif, alors qu’on devrait en demander aussi à nos mandataires, les parlementaires.

Je me souviens, à l’époque du coup d’Etat, il y avait un groupe de leaders paysans qui avaient dû se mettre à couvert ; nous nous réunissions de temps en temps, et un jour l’un d’eux a demandé s’il n’y avait aucun moyen de prendre des sanctions contre un parlementaire qui aurait pris des positions contraires à celles de ses mandants. Et il citait le cas d’un député du Centre qui avait appuyé le coup d’Etat alors qu’il avait été élu sur une liste Lavalas.

Appel

C’est un fait que les parlementaires ne font pas grand’chose ; la plupart des projets de loi viennent du gouvernement.

Bernard

C’est plus grave ; je ne sais plus si c’est Binette ou Jean André Victor qui m’a dit que les meilleures lois de ce pays sont, au départ, des décrets pris en période de vacance parlementairr.

Binette

C’est moi qui te l’ai dit.

Bernard

Nous avons commencé en retard, nous aurions encore beaucoup de choses à dire, et nous n’avons pas eu le temps d’entendre Binette sur le sujet du droit à l’alimentation, nous allons donc devoir nous rencontrer à nouveau, surtout si la réunion d’octobre a lieu.

Mais en attendant, très rapidement, quel est dans dans tout ce dont nous avons parlé le rôle de la CNSA ?

Gary

Rôle d’information

Binette

Je voudrais dire qu’il y a une méconnaissance de la CNSA, et tu n’as jamais demandé à Gary ce qu’elle était, où elle était rattachée.

Bernard

C’est un fait que nous sommes partis sur la sécurité alimentaire et avons oublié la CNSA.

Gary

La CNSA a été créée en 1996. Cette année là, au mois de novembre, la FAO avait organisé à Rome une conférence sur la faim dans le monde. Haïti était représentée par le président Préval lui même. On avait demandé à chaque pays de prendre des mesures en vue de lutter contre la faim. C’est ainsi que la CNSA a été créée.

Elle a à sa tête un Conseil Interministériel pour la Sécurité Alimentaire (CISA) composé de cinq ministres : Agriculture, Plan, Finances, Commerce, Santé.

Elle a deux missions :

          suivi de la sécurité alimentaire,

          coordination des interventions.

Pour le suivi, nous avons identifié une série d’indicateurs :

          pluviométrie,

          prix du marché,

          données macro-économiques.

Nous les collectons chaque mois, nous les traitons, et nous sortons une publication mensuelle. Chaque trois mois, nous sortons un bulletin conjoncturel et chaque deux ans, nous sortons un bilan. Nous envoyons ces publications à environ 700 destinataires, et tout cela est accessible sur notre site internet.

Nous ne vérifions pas quelle utilisation est faite des informations que nous publions.

Pour la coordination des interventions, nous ne faisons pas grand’chose. C’est assez difficile, les acteurs sont des agences internationales, des ONG, des acteurs de la société civile, et dès qu’on parle de coordination, on crée des susceptibilités. Nous organisons des rencontres de concertation et nous collectons des informations que nous restituons au public.

Nous avons une faiblesse structurelle : la CNSA existe depuis 13 ans, mais aucune loi n’est venue légaliser la structure, de sorte que nous ne pouvons figurer au budget de la République.

Jacques Edouard Alexis avait demandé un appui technique à la CNSA ; il avait préparé un plan d’action contre la vie chère dont le budget s’élevait à S 4 milliards ; il n’a reçu que $ 400 millions.

Actuellement nous avons réuni tous les acteurs et préparé un plan de réponse pour la période avril-sptembre. Le budget s’élève à $ 135 millions. Il repose sur trois piliers :

          création d’emplois à haute intensité de main-d’œuvre (HIMO)

          aide alimentaire directe

          relance de la production.

$ 72 millions ont été décaissés, mais ce sont des agences des Nations Unies qui ont reçu les fonds.

Bernard

Je lisais un papier au sujet de ce plan et il était dit qu’un des problèmes était l’identification des projets HIMO ; mais il y avait eu le PAS (Programme d’Apaisement Social), ne pourrait-on pas reprendre les projets qui y avaient été retenus ?

Gary

C’est ce qu’on a fait. Mais personne ne sait, au gouvernement, combien d’argent a été décaissé et qui l’a reçu.

Pour remettre les choses à plat, le gouvernement a préparé ce programme qui a été présenté à Madrid

Bernard

Puis-je dire que grâce aux « émeutes de la faim » la CNSA a été en mesure de remplir sa fonction de coordination ?

Gary

Oui, c’est malheureusement vrai ; et on dit que cette crise a été une opportunité pour de petits pays de relancer leur production agricole.

Notre vision de la CNSA dans cinq ans est que nous devons avoir des relations étroites avec une institution comme l’UCAONG (Unité de Coordination des Organisations Non-Gouvernementales), et le bilan que nous sortons chaque deux ans ne donnera pas seulement un état de la sécurité alimentaire, mais aussi un bilan des réalisations.

Binette

Il y a des pays ou la sécurité alimentaire est au niveau d’un secrétariat d’Etat.

Bernard

Il est sept heures, nous allons devoir nous arrêter, mais nous reviendrons à la CNSA …

Binette

… et nous devons parler du droit à l’alimentation.