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01 May, 17

Sortir de l'informel

Sortir de l’informel
Il y a environ deux semaines, une information sortait en plein milieu de la querelle autour du salaire minimum : le secteur formel de l’économie ne représente que 5 % des emplois, alors que 95 % sont dans le secteur informel. Une information sans doute pas très nouvelle ; tout le monde savait, même sans pouvoir donner de chiffres, que le secteur informel employait bien plus de monde que le secteur formel, mais il était bon de la rappeler à un moment où la création d’emploi est un grand sujet de conversation.
C’est au cours de la même semaine que nous avons eu la visite de l’envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, M. Bill Clinton, dont on apprenait, qu’après avoir visité le chantier des Gonaïves, un projet de triage d’ordures financé par l’AID (US Agency for International Development), il allait rencontrer le « secteur privé », autrement dit les représentants de ce secteur formel qui ne représente que 5 % des emplois.
Evidemment j’ai posé la question : pourquoi ne rencontre-t-il pas aussi le secteur informel qui représente 95 % des emplois ? Réponse : il n’y a pas de porte parole. Autrement dit, la faiblesse de ce secteur informel, c’est justement qu’il est informel. Il a beau représenter une énorme force économique, il est diffus et, si on veut lui parler, on ne trouve pas d’interlocuteur. Il y aurait beaucoup à dire sur l’origine et les causes de cette situation (d’exclusion), mais ce n’est pas notre propos aujourd’hui ; je voudrais parler d’une « tentative de formalisation » au niveau du secteur paysan.
Le mercredi 8 juillet, nous sommes toujours dans la même semaine, j’ai participé, à Vialet (Petit Goâve), sur le campus de l’ICVR (Institut Chrétien de la Vie Rurale de l’Eglise Méthodiste), à la 4ème édition du Forum Agricole Goâvien (FAG). Qu’est-ce que le FAG ? Pour répondre à cette question, nous allons devoir faire un peu d’histoire.
Au commencement était le programme de réhabilitation de Petits Périmètres Irrigués (PPI) financé par le FIDA (Fonds International pour le Développement de l’Agriculture, une agence des Nations Unies basée à Rome) qui a, dans les années 90, procédé à la réhabilitation de plus d’une vingtaine de petits systèmes d’irrigation, dont cinq dans la zone Grand Goâve – Petit Goâve.
Le PPI ne s’est pas contenté de travaux d’ingénierie ; parmi les opérateurs qu’il a engagés, il y en avait certes qui devaient « faire du béton », mais il y en avait également qui devaient donner de l’encadrement aux utilisateurs des systèmes d’irrigation, encadrement technique, dans le domaine de l’agriculture, encadrement social, dans le domaine de la gestion des systèmes, car la philosophie du PPI reposait sur le principe de la gestion des systèmes d’irrigation par les usagers des systèmes.
Un de ces opérateurs était le CEHPAPE (Centre Haïtien de Promotion de l’Agriculture et de Protection de l’Environnement) dont le coordonnateur, l’agronome Camille Bissereth, lui-même de Petit Goâve (c’est lui qui a vulgarisé l’adjectif « goâvien ») a toujours poursuivi l’objectif de faire du petit paysan un entrepreneur agricole.
C’est sous son impulsion qu’a pris naissance la SOPEA (Société des Petits Entrepreneurs Agricoles) dont le premier objectif était d’aider les paysans membres dans l’approvisionnement en intrants, mais qui peu à peu a élargi le cadre de ses activités, par exemple dans le domaine à la fois très délicat et très important des relations entre les paysans vivant sur la partie haute et ceux vivant sur la partie basse d’un basin versant.
Le FAG est également une initiative de la SOPEA. Comme je l’ai dit plus haut, il en est à sa 4ème édition. Il réunit chaque fois des représentants des associations d’irrigants de cette zone goâvienne et des personnalités invitées à faire une présentation sur un thème choisi par les organisateurs. On me fait l’honneur de m’inviter chaque fois et c’est presque devenu une tradition d’aller fêter le 18 mai avec le FAG à Vialet ou le 1er mai à Fauché avec l’AIFA (Association des Irrigants de Fauché, un membre de la SOPEA) qui organise chaque année une exposition agricole.
Voilà donc une tentative de sortir de l’informel que je tente d’encourager avec les moyens dont je dispose, par exemple en invitant des représentants au micro de Mélodie and company où je les ai reçus quatre fois. Par ailleurs, il faut citer les activités de quelques ONG qui visent elles aussi à encourager le passage du paysan au statut d’entrepreneur agricole. Nous aurons peut-être l’occasion d’y revenir à propos des « Portes Ouvertes sur le Développement Local », une manifestation qui en était à sa 6ème édition la semaine dernière.
Mais cela ne suffit pas. Je crois savoir qu’au Ministère de l’Agriculture on a une proposition de législation sur le statut de l’agriculteur. C’est sans doute une démarche importante, mais je me demande si on ne pourrait pas aller plus loin, comme par exemple de penser à ces dispositions devant faciliter les investisseurs étrangers, en terme de taxation, de facilitation des démarches etc … J’en vois déjà qui vont pousser de hauts cris, mais soyons sérieux ; on fait tous ces efforts pour faire venir des investisseurs hypothétiques, alors que nous en avons qui sont déjà sur place, qui représentent 95 % des emplois et ne demandent qu’à être encouragés.
Bernard Ethéart
Haiti en Marche, Vol. XXIII, No. 27, du 29/07 au 04/08/09