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29 Mar, 17

ppi

Emission du

07/06/07

Invité

Isaac Xavier

Thème

Projet PPI

 

Transcription

 

Bernard

Vous êtes probablement bien fatigués après la procession de la Fête Dieu, maintenant vous pouvez vous reposer en compagnie de Mélodie. Cet après midi nous avons avec nous l’ingénieur Isaac Xavier, actuellement coordonnateur du projet de réhabilitation des Petits Périmètres Irrigués (PPI). En avril, nous avons eu Alain Thermil, qui nous avait parlé du Programme d’Appui Institutionnel pour le Renforcement des Associations d’Irrigants (PATRA).

Eventuellement, on pourrait se demander pourquoi, en moins de trois mois, nous abordons deux fois ce thème de l’irrigation, dans une émission consacrée au développement durable. C’est pourtant assez évident. Le développement durable c’est l’utilisation de l’environnement d’une manière telle que l’on n’hypothèque pas l’utilisation de ce même environnement par ceux qui viendront plus tard. On pense, bien sur, à l’environnement naturel : la terre, l’eau, mais c’est tout aussi valable pour ce que nous appelons l’environnement aménagé, où on a  mis des structures qui modifient l’environnement en vue de son exploitation. Un système d’irrigation est une de ces structures, et le principe de l’utilisation d’une manière qui préserve la possibilité d’utilisation dans le futur reste le même.

Il suffit de se rappeler des investissements faits du temps de la colonie dans les systèmes d’irrigation. Ces systèmes ont été détruits et l’investissement est perdu. Dans certains cas il a fallu investir encore beaucoup pour les remettre en état de fonctionnement. Prenons le cas de la Rivière Grise, par exemple, actuellement les agriculteurs de la Plaine du Cul-de-Sac n’ont pas d’eau pour travailler.

C’est dans ce sens que nous intégrons l’irrigation dans ce programme consacré au développement durable, car le principe est le même.

Donc, comme je le disais, la dernière fois nous avons eu Alain, qui nous a parlé de PATRAI, aujourd’hui, nous avons Isaac, qui va nous parler de PPI. Il faut signaler que nous avons affaire à un groupe. Alain et Isaac ont un lien, car lors de la Phase 1 du PPI, Alain, dans le cadre du CEHPAPE a travaillé pour le PPI dans la zone goâvienne.

Alors Isaac, donne nous un premier coup d’œil sur le PPI.

Isaac

Au départ, une centaine de périmètres avaient été identifiés, au niveau de l’ensemble du pays, par la FAO, et il s’agissait de voir dans quelle mesure on pourrait mobiliser de l’argent pour les réhabiliter.

En 1989, un premier projet a été formulé et un accord de prêt signé la même année, mais l’instabilité politique des années 89-96 a fait que le projet n’a pu démarrer que durant l’exercice 96/97.

Il devait intervenir dans 4 zones :

.          Le Nord-Ouest, avec 6 périmètres identifiés,

.          La zone de St Marc, avec 11 périmètres,

.          La zone goâvienne, avec 5 périmètres ...

Bernard

… parmi lesquels Dlo Piti, dont j’avais dit : se pa dlo piti, se pa gen dlo di tou ; et puis un jour, rentrant des Cayes, j’ai été bloqué par Dlo Piti qui était en crue.

 

Isaac

Tu sais que le nom vient de celui qui a été le premier à mettre en place un système d’irrigation et qui s’appelait Pity.

.          La côte Sud avec 4 périmètres …

Bernard

… je me souviens d’avoir fait une enquête sur Port-à-Piment.

Isaac

Cela fait donc en tout 26 périmètres.

Le projet était conçu différemment des autres projets d’irrigation. Il ne voyait pas seulement l’infrastructure d’irrigation, il tenait compte des personnes autour de l’infrastructure, ce qui a mené à la gestion sociale de l’eau. On voyait aussi la mise en valeur agricole, mais, sur ce point, le projet n’a pas atteint ses objectifs.

Bernard

Quand on va dans ton bureau on voit toute une batterie de publications sur différentes cultures.

Isaac

Oui, c’est dans le cadre de l’appui à la mise en valeur agricole ; c’était le travail du volet vulgarisation, et ces publications étaient diffusées à travers le pays.

Bernard

Et malgré cela, tu dis que vous n’avez pas atteint vos objectifs.

Isaac

Oui, si on tient compte des retards dans la réhabilitation, au moment òu il aurait fallu aller à fond dans la mise en valeur agricole, le projet touchait à sa fin.

Le projet était un projet du MRNDR, financé à partir de 4 sources de financement :

.          Le Fonds International pour le Développement de l’Agriculture (FIDA), le principal bailleur de fonds,

.          L’organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), qui a financé les travaux dans la zone goâvienne …

Bernard

Il faut expliquer que les pays membres de l’OPEP avaient décidé de créer un fonds pour le développement agricole, qu’ils n’ont pas donné à la FAO, qui n’est pas un bailleur de fonds, mais pour lequel on a créé le FIDA. C’est du moins ainsi que je l’avais compris à l’époque.

Isaac

Mais il  a des fonds qui peuvent être alloués directement par l’OPEP, sans passer par le FIDA.

.          L’Agence Française de Développement, mais dans leur cas c’est un don, alors que pour les autres il s’agit d’un prêt,

.          Le Gouvernement Haïtien, qui verse la contrepartie haïtienne, sans parler de la participation paysanne qui a aussi un coût …

Bernard

… que l’on oublie souvent d’évaluer …

Isaac

… et qui peut être très important.

Bernard

Cette Phase 1est finie.

Isaac

On devait intervenir sur 26 périmètre, mais, à la fin, on a travaillé sur 32 dont certains ont eu des travaux complets de réhabilitation, alors que d’autres ont seulement été touchés.

Ce projet est donc fini ; il a été clôturé en décembre 2003.

Mais, comme il y avait un reliquat, et que le FIDA avait encore des remboursements à faire au MARNDR, on a eu une phase intérimaire.

Bernard

Tu veux dire que le projet a été achevé, qu’on a fat plus que ce qui était prévu, et que malgré cela il restait encore de l’argent.

Isaac

La phase intérimaire devait faire la liaison entre PPI 1 et PPI 2.

Bernard

A l’INARA, nous avons remarqué que, chaque fois qu’on apporte une amélioration à la terre, qu’on en augmente la valeur, on crée des conflits. Le plus bel exemple est l’Artibonite. Nous avons donc établi un principe selon lequel, avant même d’intervenir, il faut réaliser une étude foncière, de manière à savoir au départ qui a la terre et dans quelles conditions. Si cela se faisait systématiquement, non seulement on éviterait les conflits, mais on aurait finalement une chose dont le pays a grandement besoin : un cadastre.

Isaac

Le PPI 2 va démarrer ; le MARNDR est actuellement en train de remplir les conditions préalables au démarrage. L’accord de prêt va être signé sous peu, et on veut voir si le projet pourra démarrer au début de l’exercice 2007-2008.

Bernard

N’importe qui peut construire un système d’irrigation ; même moi je l’ai fait ; mais le PPI a quelque chose de particulier. Tu as mentionné tout à l’heure, je ne sais plus exactement les termes, un volet sensibilisation.

Isaac

Nous avons un volet animation qui vise la prise en charge du système par les usagers eux-mêmes.

Bernard

Voilà ! entre un peu plus dans ce sujet.

Isaac

Nous pensons toujours que l’avenir du projet, l’avenir des périmètres, dépendent de cette composante. Pour arriver à cette prise en charge des périmètres par les usagers, il y a énormément de travail de sensibilisation, d’information, à faire.

Bernard

Mais pourquoi cette prise en charge/ pensez-vous que c’est elle qui assurera la pérennité de ce que vous avez construit ?

Isaac

La raison est simple. L’histoire nous apprend que, quand c’est l’Etat qui gère les systèmes d’irrigation, les usagers ne se sentent pas concernés, ils laissent toute la responsabilité sur le dos de l’Etat. Dans ce cadre, nous voulons responsabiliser les usagers.

Prenons un exemple simple. Dans la période de la campagne agricole, le planteur attend que l’Etat fasse tous les travaux de curage et autres, et quand il ne le fait pas, les campagnes ne réussissent pas comme elles devraient. Quand ce sont les usagers qui prennent la gestion du périmètre en main, ils connaissent tous les problèmes du périmètre et savent comment agir.

Au début, on parlait de transfert de gestion des périmètres irrigués, mais on constate que, dans la majorité des cas, les usagers gèrent déjà.

Bernard

Isaac est un peu politicien et ne veut pas dire les choses comme elles sont. J’ai trouvé une présentation que l’agronome Henriot Nader a faite …

Isaac

Attends, si nous sommes là à parler de prise en charge, c’est parce que l’tat est d’accord. L’Etat reconnaît que les choses ne marchaient pas trop bien …

Bernard

Ah Isaac ! c’était un véritable brigandage.

Isaac

Non, pas partout. Il faut dire que la dynamique de la prise en charge ne se limite pas à Haïti.

Bernard

Oui, c’est ce que dit Henriot : « Actuellement, dans la majorité des pays du Tiers Monde, l’expérience d’une gestion plus proche des bénéficiaires et même d’autogestion paysanne des aménagements hydro-agricoles apparaît comme des solutions durables et propres à permettre la rentabilisation des investissements lourds consentis dans la construction et/ou la réhabilitation de ces derniers ».

Appel

J’aimerais que l’ingénieur Xavier, qui est dans le projet depuis la phase 1, nous dise quelle plus belle expérience le projet a eu, ce qu’il a apporté au pays, et ce qui s’est moins bien passé …

Bernard

… points forts, points faibles …

Appel

… et puis la différence entre PPI 1 et PPI 2.

Bernard

Ingénieur Xavier, vous avez la parole.

Isaac

En terme d’expérience intéressante, on peut prendre l’exemple des associations d’irrigants. Je pense qu’à ce niveau le projet PPI est une référence, même s’il y a des points faibles. Après l’Arcahaie, où il y a eu une association mise en place après la réhabilitation, dans le projet PPI, c’est depuis la conception que l’on a prévu cette composante, et nous avons commencé à travailler avec les usagers avant même de commencer la réhabilitation.

 

Isaac

Une des conditions, que nous avions posées aux usagers, était qu’ils commencent à s’organiser avant même que nous passions à la réhabilitation physique. Et le PPI va intervenir sur les périmètres organisés en priorité. Cette organisation commence par la mise en place d’un comité provisoire de gestion, qui fera la liaison entre les cadres du PPI et l’ensemble des usagers.

Plus important encore, nous avons passé des contrats avec des firmes pour certains travaux, et une des clauses de ces contrats était qu’ils devaient écouter les usagers. Et quand ils remettaient leur rapport, ils devaient faire une restitution aux usagers.

Bernard

Ils passaient un examen.

Isaac

C’était comme un examen, car quelques fois ils ont du apporter des corrections. Il fallait voir les usagers présenter les modifications à apporter, et les cadres de la firme et les usagers travaillaient ensemble à un choix final.

Je pense que c’est important parce que, même maintenant il  a des personnes qui sont réticentes sur ce sujet ; il y a des personnes qui pensent encore que l’usager n’a rien à dire, ne peut rien dire, alors qu’il est arrivé que des cadres de ces firmes nous disent que les usagers sont formidables.

Une des grandes expériences du projet, a été de découvrir la capacité du planteur, et même au niveau de l’exécution, ils accompagnent la firme d’exécution et proposent des modifications.

Il y a d’autres points forts. Prenons l’exemple de la régie assistée. C’est une formule utilisée pour faire la réhabilitation du périmètre qui est entre la régie pure et le travail à l’entreprise. On utilise une firme pour accompagner les usagers dans la réhabilitation.

Autre point fort : l’intégration du projet au MARNDR.

Actuellement, personne ne peut se lancer dans un projet d’irrigation sans un volet « gestion sociale de l’eau ». Nous ne prétendons pas que c’est le PPI qui est venu avec ce principe, mais le PPI l’a aidé à faire du chemin. Un autre point fort, toujours dans ce domaine, on entendait parler du PPI dans tout le pays grâce à des émissions de radio avec William Michel sur les stations de la capitale, mais aussi des villes de province.

Un point faible, que j’ai déjà signalé : le PPI n’est pas arrivé à faire la mise en valeur agricole ; il y a une sous-composante, à l’intérieur de la composante mise en valeur agricole, qui n’a jamais fonctionne, c’est le crédit agricole.

Bernard

La deuxième question : le lien PPI 1 – PPI 2.

Isaac

Actuellement je coordonne la phase intérimaire. Les deux projets ne sont pas absolument identiques ; il y a des composantes qui sont les mêmes, comme la réhabilitation des systèmes, mais cela ira plus loin. Le PPI 2 va voir comment introduire des technologies innovantes, comme la micro-irrigation, là où on ne peut faire de l’irrigation par les moyens traditionnels, par exemple là où on ne peut obtenir l’eau par gravitation, là où il faut faire de petits forages, et puis il y aura le crédit.

Autre point : il faudra travailler là où le PPI 1 avait travaillé, dans le cadre de la consolidation des associations d’usagers et de la mise en valeur.

Bernard

Tu parles de petits systèmes, il y a une ONG qui faisait ce qu’ils appelaient « l’irrigation de montagne » dans la zone de Vallière.

Isaac

Dans le cadre de la préparation du PPI 2, j’ai accompagné la mission de formulation ; sur le Plateau Central, nous avons vu des installations très intéressantes de World Vision pour la micro-irrigation, des systèmes de goutte à goutte. Et cela peut se faire avec du crédit  et pas nécessairement avec des subventions. Mais il faut que cela soit rentable et durable.

Bernard

Ce qui m’intéresse le plus dans le PPI, c’est la gestion par les usagers. Je pense que c’est là la grande innovation. Tu parles du MARNDR, mais je me demande …

Isaac

… c’est écrit noir sur blanc ; c’est la politique du Ministère.

Bernard

Même si c’est écrit noir sur blanc, n’y a-t-il pas des réticences ? pas tellement au niveau central, mais au niveau du terrain ?

Je dis cela parce que je me souviens d’une restitution à Kaliko Beach, où j’ai entendu une employée de la DDA Sud demander qui allait faire le suivi du travail du PPI. J’ai été profondément choqué.

Isaac

Je peux donner une explication, et c’est un des gros problèmes que nous avons rencontrés : l’incompréhension de certains cadres.

On a eu beaucoup de discussions, même au plus haut niveau, et, en vue du désengagement du PPI, on avait prévu qu’au lieu de n’utiliser que les services d’OPS (Opérateurs Prestataires de Services), on allait les coupler avec des cadres du Ministère, et, pendant la dernière année, on ne travaillerait plus qu’avec les structures déconcentrées : DDA, BAC. Cela s’est fait partout et cela a permis une meilleure compréhension du projet.

Ce que tu as rapporté là, je l’ai entendu aussi, mais il y a des gens qui sont bien imbus du projet et le disent quand même. Ils considèrent que tous ceux qui travaillaient dans le projet sont des privilégiés, et tu connais les écarts de salaires.

Une chose que je voulais signaler, le projet a du faire face à des problèmes, par exemple dans la zone de St Marc, où on n’a jamais pu faire de vraie réhabilitation, mais des interventions ponctuelles, grâce au FIDA. Cette zone était sous financement de l’Agence Française de Développement (AFD), qui avait coupé le financement.

Pour St Marc, il y avait 11 périmètres : Tapion (Verettes), Dessoulier Fleuranceau et Charrette (St Marc), Bois Neuf, Dupin, Pierre Payen, Lanzac, Délugé, Montrouis. Pour certains il y aura un financement de l’AFD dans le cadre d’un projet sectoriel.

Appel

Est-ce que vous êtes arrivés à réhabiliter partout et est-ce que les comités sont fonctionnels ? Et le transfert ?

Bernard

Cela fait trois questions.

Pour le transfert, il y a eu des actes officiels, par exemple à l’Arcahaie.

Isaac

Bon, ça c’est en dehors du PPI, c’est le PREPIPA. Pour le PPI, la réhabilitation physique a été achevée pour certains périmètres, pour les autres, on les a seulement touchés. Au niveau de St Marc, on n’a eu que des interventions ponctuelles ; au niveau de Petit Goâve, 5 périmètres ont été réhabilités ; sur la Côte Sud, 4 périmètres ont été réhabilités ; dans le Nord-Ouest, on a 6 périmètres réhabilités, et on a fait des interventions ponctuelles sur 6 autres qui n’étaient pas prévus.

Pour la gestion …

Bernard

Là, je voulais intervenir. Tu as parlé de la mise sur pied des associations et tu as dit que le PPI 2 allait les renforcer.

Isaac

Non, le Ministère, à travers le PPI. Nous ne dirons pas qu’elles marchent à 100 %. Il y a des endroits où elles fonctionnent bien, comme dans la zone goâvienne ; pour la Côte Sud, c’est la même chose, les comités sont renouvelés …

Bernard

Mais j’ai une question : ces usagers doivent-ils verser une contribution ?

Isaac

Oui, ils ont une redevance d’irrigation de 5 G par 1/100e , soit 500 G le carreau, à verser mais cela ne marche pas de la même manière partout. Pour la zone goâvienne, cela marche bien, mais il y des endroits où les planteurs sont réticents. Ils se regroupent pour faire les travaux d’entretien, mais le taux de recouvrement est faible.

 

Bernard

L’expérience que j’ai, c’est que les gens refusent de verser une cotisation régulière, mais ils sont toujours disposés à intervenir, quand il y a un problème, même à contribuer en argent.

Isaac

AIPA est un pionnier ; ils ont leurs cahiers de comptabilité, mais c’est un grand périmètre, 6.000 ha ; c’est pourquoi on ne peut pas travailler dans l’irrigation sans visiter AIPA. Tous nos usagers n’ont pas visité AIPA.

Bernard

Il faut que l’auditeur comprenne pourquoi on parle de transfert de gestion. Légalement, l’eau est une ressource naturelle et propriété de l’Etat. Un système d’irrigation, quelque soit celui qui l’a construit, quelque soit celui qui l’a financé, est propriété de l’Etat ; c’est pour cela qu’on parle de transfert de gestion, pas de transfert de propriété.

Isaac

En général, le transfert a été fait officiellement, mais l’acte de transfert n’est jamais arrivé aux mains des usagers, il est resté au Ministère. Cependant tout cela s’est fait en dehors d’un cadre légal ; c’est une bataille qui doit continuer.

Bernard

C’est là, quand tu parles de la politique du MARNR, la loi sur le transfert n’a toujours pas été présentée.

Isaac

Attention ! c’est vrai que ce n’est pas encore fait, mais il y a un problème au niveau de l’eau en Haïti. On a beaucoup d’utilisateurs, mais on n’a pas encore de cadre légal pour l’eau. L’irrigation est un sous-secteur ; le cadre légal pour les associations d’irrigants passera plus facilement quand le cadre légal de l’eau sera réglé. Il y a plusieurs commissions qui travaillent dessus …

Bernard

Je doute que nous voyons cela dans les 5 prochaines années.

Isaac

On verra bien ; il ne faut pas être trop pessimiste. Au niveau du MARNDR, on a quelqu’un comme Montès Charles, que cela intéresse, mais le MARNDR n’est pas le seul ministère impliqué. Il y a d’autres secteurs impliqués. Au niveau du pays, il y a tellement d’opérateurs qui font n’importe quoi, il faut que le Ministère mette de l’ordre.

Imagine, qu’une ONG décide de construire un système d’irrigation ; la plupart demandent la non-objection du MARNDR, mais il y en a qui n’envoient leur dossier que quand le travail a déjà commencé. Au niveau de la DIA (Direction des Infrastructures Agricoles) on travaille à régulariser cela. Toutes les organisations qui travaillent dans l’eau devraient soutenir le Ministère techniquement et financièrement.

Appel

Le problème que j’ai avec le PPI : c’est très bien d’investir dans les plaines, mais j’ai une sensibilité pour les bassins versants …

Isaac

Ça c’est un des points faibles …

Appel

Justement je me souviens que chaque fois on m’a répondu : c’est un projet d’irrigation ; ne pourrait-il pas y avoir des actions pour protéger les infrastructures ? est-ce que la composante environnement sera davantage prise en compte dans le PPI 2 ?

Bernard

Cette deuxième question m’intéresse parce que, si tu regardes mon cadre de référence, il y a un casier qui est vide. Au niveau de l’irrigation, il y a quelque chose qui manque, c’est la protection du bassin versant. J’ai été impliqué dans une affaire de réhabilitation du périmètre de la Tannerie et j’ai participé à une série de réunions à la Primature. A l’époque on parlait d’un financement par l’Union Européenne qui prévoyait un volet pour le bassin versant. Mais, au cours de ces réunions, il n’en était plus question ; je revenais chaque fois sur le sujet, mais je n’ai jamais obtenu de réponse.

Isaac

La protection des bassins versants est un point faible, mais il y a eu quelques efforts. Nous avons, par exemple, essayé de comprendre les relations entre les gens des mornes et les gens de la plaine ; on a fait une étude pour voir comment améliorer ces relations. Les  gens des mornes ont affirmé souhaiter que des actions de protection soient entreprises, mais ils pesaient surtout aux emplois que cela générerait.

Bernard

Le problème est que quand on travaille sur un système d’irrigation, cela ne bénéficie qu’aux gens de la plaine.

Isaac

On a envisagé que les gens des mornes laissent les mornes en paix et qu’on leur cède de la terre à travailler dans la plaine. Car, à mon ais, l’un des plus grands problèmes des mornes est qu’on ne laisse pas en paix. Il y a des zones où on n’a besoin de rien faire d’autre que laisser le morne en paix et il se couvrira de végétation. Tu sais que j’habite en plaine et que de chez moi je peux voir le Morne-à-Cabrits ; eh bien, en saison pluvieuse, il est tout vert.

Bernard

La  même chose pour Fonds Diable, sur l’autre versant.

Isaac

De même dans le Nord-Ouest ; en saison sèche, c’est une calamité, mais en saison pluvieuse c’est différent et les gens en profitent pour faire de l’agriculture.

Bernard

Il faut trouver une formule où les gens de la plaine et les gens des mornes trouvent leur avantage. Tu parles de laisser de la terre en plaine pour que les gens des mornes puissent travailler …

Isaac

… mais tu peux planter des arbres pour faire de l’argent …

Bernard

… mais il faut qu’ils comprennent cela. Là il y a un travail d’information à faire.

Isaac

Je pense que le pays a besoin d’un grand programme pour les bassins versants. Mais il y a autre chose. Les rares endroits où il y a des arbres, sur les mornes, c’est là où il y a des habitations car la personne a besoin de l’arbre.

Appel

C’est toujours le même auditeur, à propos du transfert de gestion. Vous avez dit que le système d’irrigation est propriété de l’Etat, mais quel est le rôle des collectivités territoriales ?

Isaac

Les collectivités territoriales c’est l’Etat ; donc elles entrent dans la dynamique de la prise en charge.

Bernard

Dans le cas du PPI, quelles relations avez vous eu avec les collectivités territoriales ?

Isaac

Très cordiales ; dans certaines zones, au moment du renouvellement des CASEC, c’est le président de l’association qui a été élu.

Bernard

Est-ce que les collectivités territoriales ont un droit de regard sur la gestion ?

Isaac

Dans certains endroits, ils participent au comité de surveillance qui contrôle le comité exécutif de l’association.

Bernard

Ce n’est pas systématique ?

Isaac

C’est prévu dans les statuts, mais il y a des cas où cela n’a pas été mis en place.

Pour répondre à la deuxième question de l’auditeur précédent, le PPI 2 tient compte de l’aspect environnement. On ne pourra pas faire l’aménagement total du bassin versant, mais il y a des interventions urgentes qu’il faudra faire.

Bernard

Quand il y a beaucoup d’interventions dans une zone, est-ce qu’il ne faut pas …

Isaac

… créer une synergie …

Bernard

C’est cela

Isaac

Un des aspects du PPI 2 c’est justement la recherche de cette synergie entre tous les opérateurs. Il y a des opérateurs privilégiés, qui sont sur d’autres projets financés par le FIDA : PICV, PAIP, PATRAI, mais il y en a d’autres.

Bernard

Je pensais à cette zone où le PPI 2 va intervenir ; il y a plusieurs intervenants, le FENU …

Isaac

Je pense qu’une des premières choses à faire, par exemple lors du séminaire de démarrage, c’est de poser le problème. Il y a aussi une table de concertation et le PPI devra y participer et ensemble les opérateurs verront ce qu’il y a à faire.

Un des aspects prioritaires du PPI 2 c’est la sécurisation foncière. Le PPI 1 n’y avait pas accordé trop d’importance. Pour le PPI 2, il faudra faire le relevé parcellaire de chaque périmètre et chaque irrigant aura un papier ; c’est à partir du relevé parcellaire que l’on pourra structurer les associations d’irrigants.

Bernard

Y a-t-il encore un point que tu voudrais toucher ?

Isaac

Je voudrais lancer un appel pour que les institutions n’interviennent pas n’importe comment, ne fassent pas de l’irrigation pour l’irrigation ; l’irrigation est faite pour la mise en valeur des terres et cela doit rapporter de l’argent dans la poche du planteur. Il y a des interventions qui ne respectent pas les normes. Nous conseillons de contacter le MARNDR.

Bernard

Nous te remercions pour toute cette masse d’informations.